Maison à Marbaix - Photo : Marc Grzemski

L’habitat rural

L’Avesnois dispose d’une identité architecturale en raison des matériaux utilisés et de la prédominance des fermes de production laitière. Murs en brique et pierre bleue, toit en ardoise « violine » de Fumay avec le « nez cassé » en pignon, fermes en L… composent l’image d’Epinal du bâti traditionnel avesnois. Et pourtant… les études du bâti ancien montrent une réelle diversité de forme et de matériaux. L’habitat traditionnel que l’on peut observer aujourd’hui date essentiellement des XVIIIème et XIXème siècles, mais il est encore possible d’admirer  quelques maisons des XVIème et XVIIème siècle, comme la « Maison Espagnole » à Moustier en Fagne…

Pierre bleue et brique… mais aussi terre, verre, fer…

La pierre bleue est le matériau de construction identitaire de l’Avesnois. Issue de son sous-sol dans les nombreuses carrières, utilisée en moellon ou en pierre de taille, elle occupe de multiples fonctions dans la maison ancienne, tant à l’extérieur – soubassement, encadrement de fenêtre, pavage, emmarchements – qu’à l’intérieur. Dans les secteurs de carrière, les maisons peuvent être entièrement construites avec ce matériau.

Elle est souvent associée à la brique, également très présente sur le territoire depuis l’époque romaine. D’autres matériaux plus discrets apparaissent çà et là : grès, agaizes (schistes) dans les Fagnes, pierre blanche et silex aux abords du Cambrésis, murs en terre crue et en torchis… cette richesse de matériaux reflète la diversité du sous-sol et l’adaptation des bâtisseurs traditionnels à leur environnement.

Gussignies_la_vallee_du_marbre (Bettrechies, Bellignies, Gussignies)
Le_sentier_de_la_pierre_bleue_Wallers-Trelon (Wallers-Trélon ou Wallers en Fagne)

Ardoises et tuiles recouvrent les maisons à part égale. L’ardoise violine de Fumay, qui donne ces reflets violets si particuliers, tend à disparaitre des toits car elle est aujourd’hui difficile d’accès. Cette palette de matériaux est encore enrichie par les nombreux éléments qui animent les maisons et leurs abords. Les épis de faîtages en verre (à proximité des anciennes verreries), marquises et clôtures en fer forgés… Avez-vous remarqué que les maisons sont parfois datées par des grands chiffres en fer forgé ? Ils participent également à la stabilité de la maison, associant l’utile à l’agréable.

Les maisons et les fermes

Territoire rural, le bâti ancien de l’Avesnois est essentiellement composé de fermes, dont la forme est adaptée à la double fonction d’habitat et de production agricole. Elles se composent généralement d’un logis, d’une étable, d’une laiterie et d’une grange, mais d’autres annexes peuvent s’ajouter, en fonction des cultures produites. La ferme élémentaire regroupe toutes ces fonctions sous un même toit, tandis que la ferme en L se distingue par sa grange positionnée perpendiculairement au logis. Elles étaient adaptées à la production laitière et sont donc plus nombreuses dans les secteurs bocagers. Dans les zones de plateau, où la polyculture domine, la ferme organisée autour d’une cour convenait à la diversité de la production agricole.

Les maisons sont classées en 3 grands types. La maison élémentaire, en rez-de-chaussée et de petite taille, correspond à une forme d’habitat minimum des ouvriers agricole ou de l’industrie. La maison de bourg est située dans le noyau des villes et villages. Elle est mitoyenne et comporte un étage et une toiture à deux pans. Le nombre de travées varie de deux à cinq. Datant de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, La maison de maître se distingue par son implantation en cœur de parcelle, entre cour et jardin. Le caractère privatif de la propriété s’affirme au moyen de grilles, de portails, de murets ou de haies. La façade de la maison est « ordonnancée » et s’enrichit d’éléments décoratifs.

Mieux connaître pour mieux préserver

L’évolution des modes de vie a souvent des conséquences sur la conservation de l’habitat traditionnel, rendant son étude d’autant plus nécessaire. Mieux connaître les formes et usages du bâti et ses liens avec le territoire permet de proposer des solutions favorisant sa préservation et son évolution dans le respect de son authenticité. C’est pourquoi le Parc naturel régional de l’Avesnois réalise un diagnostic raisonné du patrimoine bâti, en partenariat avec le service du patrimoine culturel de la région Nord-Pas de Calais, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) et le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Nord (CAUE).

Réalisée par entité paysagère cette étude met en avant l’importance du bâti ancien dans la composition du paysage bâti, dans la trame urbaine des communes et dégage des enjeux pour sa préservation et son évolution. Elle permet également de mieux connaitre l’architectyre traditionnelle, grâce à des opérations d’inventaire du bâti construit avant 1940.

Les guides techniques du patrimoine bâti de la plaine de Sambre, du Bavaisis, de la Fagne de Trélon, de la Fagne de Solre, du Pays d’Avesnes, du Plateau de Mormal et de la Thiérache sont disponibles gratuitement à la Maison du Parc naturel régional de l’Avesnois et téléchargeables en cliquant sur chacun d’entre eux.

Afin de restaurer ce patrimoine et de l’adapter aux nouveaux usages et modes de vie, demandez ou téléchargez les guides « restaurer et construire dans le PNR Avesnois » !
> Restaurer une maison ancienne
> Choisir les matériaux de restauration
> Integrer une maison dans le paysage
> Réhabiliter une maison ancienne en respectant son environnement 

Emmanuel Cazier

Chargé de mission patrimoine bâti, habitat durable
emmanuel.cazier@parc-naturel-avesnois.com
Tél. : 03 27 14 90 89